Vers une industrie militaire marocaine souveraine et structurée
Reflexion autour de la construction d'une industrie militaire marocain souveraine et active.
Seule une vingtaine de pays dans le monde disposent d’une industrie militaire structurée et active.
En effet, cela va bien au-delà de quelques usines produisant des armes légères, des munitions, ou se contentant d’assembler des moyens de transport militaires, parfois sous licence.
Le Maroc ambitionne de créer une véritable industrie militaire et, pour cela, plusieurs grands leviers doivent être activés et mis en place. Cela prendra nécessairement quelques années.
I – Tout d’abord, le prérequis essentiel est de disposer d’une vision. Le Maroc semble l’avoir, à travers une vision royale claire et un déploiement de qualité assuré par nos Forces Armées Royales.
II – Ensuite, le second prérequis est d’ordre législatif. La loi doit s’adapter afin de permettre, dans un cadre légal et protecteur, la gestion de l’activité militaire : droits de propriété intellectuelle, import-export, foncier industriel, zones logistiques de transport, zones de tests, accès sécurisés, conditions de recrutement, etc.
Tout nécessite un cadre juridique clair, d’autant plus que nous partons de presque zéro.
III – La logique des écosystèmes, qui a fait ses preuves dans l’automobile et l’aéronautique, est également nécessaire pour l’industrie militaire. Les besoins et contraintes liés à la fabrication de munitions ne sont pas identiques à ceux de la conception et de la fabrication de drones, et encore moins à ceux des missiles.
Cette logique doit être construite progressivement et permettre une montée en puissance graduelle afin d’apprendre, de grandir, de capitaliser, puis de passer d’un niveau donné au niveau supérieur.
Dans un premier temps, le Maroc pourrait ainsi viser la mise en place d’au moins cinq écosystèmes :
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Munitions et armes légères
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Véhicules militaires
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Drones de surveillance, tactiques et d’attaque
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Capteurs et radars
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Missiles et armes lourdes
Des écosystèmes dédiés aux navires et avions militaires, ou encore à la R&D avancée, pourraient constituer des objectifs de long terme, une fois ces cinq écosystèmes de base solidement installés.
La Turquie a d’ailleurs réussi, par étapes, à construire un écosystème complet, lui permettant aujourd’hui de faire partie du peloton de tête mondial en matière d’industrie militaire.
IV – Le Maroc doit également construire des partenariats publics et privés avec des pays expérimentés. C’est dans cette logique que le Royaume s’est rapproché d’acteurs militaires indiens, pakistanais, tchèques, israéliens, polonais, américains et turcs.
Ces partenariats, au-delà du simple achat d’équipements, doivent permettre le transfert de compétences et la création d’un socle industriel militaire local.
V – La formation doit accompagner ce projet d’industrialisation militaire. Elle comporte des éléments communs aux industries de pointe, mais nécessite également des compétences spécifiques, tant techniques qu’organisationnelles, documentaires et méthodologiques.
Elle doit intégrer la formation au recrutement ainsi qu’à la gestion des informations et données confidentielles. Les organismes de formation (écoles d’ingénieurs, instituts de techniciens, OFPPT) doivent ainsi proposer des cursus alignés sur les besoins futurs des différents écosystèmes du secteur.
VI – Les services de sécurité doivent, eux aussi, structurer un environnement sécurisé adapté à ce type d’industries. Des certifications spécifiques permettront d’autoriser uniquement des personnes habilitées à travailler dans le secteur.
Cela implique la définition de plusieurs niveaux d’habilitation selon le degré d’accès à l’information sensible, ainsi que l’aménagement de zones industrielles militaires à accès restreint, contrôlé et sécurisé.
VII – Enfin, la gestion des tests et des contrôles est extrêmement encadrée, notamment pour les phases de validation et d’homologation des nouveaux produits. Les notions de gestion du changement et de facteurs humains y occupent également une place centrale.
Le Maroc doit ainsi structurer ce secteur de manière cohérente afin que les projets en cours contribuent à l’émergence d’une véritable industrie militaire, au service de la protection, de la souveraineté et de l’indépendance de notre pays.
Haitham Alkatmour
Expert en ingénierie industrielle
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Commentaires
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Bel article, Bravo Haitham !